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02-03-2009, 06:40 AM
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Une démarche écologique pour produire de l’habitat : la boucle verte
Par Messaoud Abbaoui , Abderezak Djemili
Publié le mercredi 8 octobre 2008. Dernière modification le mardi 7 octobre 2008.
Dans la ville moderne le visage de l’habitat est celui des barres allongées, des tours et des cités anonymes. L’habitat est alors un tissu étendu envahissant les champs de blé. En voulant résorber la crise de logement, certaines politiques d’habitat, en se basant sur des démarches fonctionnelles, ont permis la création des cités-dortoirs avec des problèmes au quotidien. Aujourd’hui plus que jamais, d’autres démarches sont nécessaires pour éviter la dégradation de notre habitat, de notre cadre de vie et de travail. Une des démarches auxquelles nous pensons est la démarche écologique qualifiée de boucle verte qui fait appel aux dimensions politique, économique, socioculturelle, technique, environnementale et participative.
Mots clés : habitat, boucle verte, dimensions politique, économique, socioculturelle, technique, environnementale et participative.
Abstract
In the modern city the face of the habitat is that of lengthened bars, high buildings and anonymous cities. The habitat is then a wide fabric invading corn fields. While wanting to reabsorb the crisis of housing, certain policies of habitat allowed the creation of dormitory towns with daily problems. Today more than ever, other steps are necessary to avoid the degradation of our habitat, of our framework of life and work. One of the steps of which we think is the ecological step qualified of green loop which calls upon political, economic, socio-cultural, technical, environmental and participative dimensions.
Keywords : habitat, green loop, political, economic, socio-cultural, technical, environmental and participative dimensions.
Introduction
La dégradation de notre habitat nous oblige, aujourd’hui, à s’orienter vers d’autres démarches. Une des démarches que nous préconisons est la démarche écologique. Cette dernière nous la voulons locale et globale. Elle est locale car elle se ressource de valeurs culturelles et locales sans nier les techniques constructives innovantes. Elle est globale au sens de systémique, c’est-à-dire qu’elle prend en compte toutes les relations existant entre les éléments d’un système qu’il s’agisse d’une ville, d’un quartier, d’un territoire ou de tout l’environnement. Ce sont les interactions entre ces différentes éléments qui permettent de comprendre le fonctionnement d’un système afin d’agir sur lui. La démarche écologique nous la voulons, également, une démarche transversale et non sectorielle. Une démarche écologique mesure ses implications non pas dans un seul domaine mais dans plusieurs. Produire de l’habitat revient donc à ne pas évaluer celui-ci simplement dans son secteur et se contenter du nombre de logements qui ont été construits mais l’évaluer également par rapport à d’autres secteurs et domaines tels que : l’environnement, le développement social, la vie locale, la mixité, le travail, la participation … La démarche écologique que nous proposons est donc synthétisée en une boucle verte qui fait appel aux dimensions politique, économique, socioculturelle, technique, environnementale et participative.
La dimension politique
La boucle verte ne saurait se soustraire de la dimension politique qui met en exergue la stratégie du développement durable. Cette dernière intègre les trois piliers durables : l’écologie, l’économie et le social. La notion du développement durable reste un projet de société qui doit être porté politiquement. Son application exige, comme l’affirme Dominique Gauzin-Müller, le respect des grands principes du droit environnemental : précaution, prévention, correction à la source, pollueur-payeur, emploi des meilleurs techniques disponibles… [1]. En matière d’habitat, il est nécessaire d’endiguer les désordres urbanistiques et architecturaux. Il faut engager sans tarder les mesures pratiques et les innovations nécessaires pour mettre fin à l’indigence architecturale du cadre bâti. Comme il est également nécessaire de développer des techniques douces de construction, de développer des programmes de formations pointues aux métiers du bâtiment et de l’environnement en tant que perspectives qui peuvent fortement valoriser le secteur de l’habitat, de se rapprocher davantage de la nature et de l’environnement afin d’améliorer substantiellement la qualité architecturale.
La dimension économique
La boucle verte n’est pas focalisée sur la restriction de surfaces de l’habitat et des coûts réduits qui dénaturent complètement l’environnement. La production l’habitat de masse est une économie qui coûte chère et n’arrange personne. La dimension économique nous la situons à un autre niveau. Nous la situons par rapport aux formes de morphologies urbaines basées sur des objectifs de densification contrôlée et permettant une occupation rationnelle du sol dans le respect du développement durable. Nous pensons que l’habitat écologique répond bien à ce critère. L’argument écologique reste essentiel. Il est, aujourd’hui comme le souligne Fouchier, à l’origine d’un retour de la densification dans les politiques d’aménagement des territoires [2]. La valorisation des leviers d’action en matière d’emplois, d’aide et de concertation avec les entreprises performantes est nécessaire. Les municipalités doivent renforcer l’emploi et faire appel à des entreprises plus soucieuses de l’environnement.
La dimension socioculturelle
On ne peut continuer à construire éternellement de l’habitat collectif type "boîtes allumettes". D’ailleurs ce type d’habitat ne répond ni aux aspirations ni aux désirs des habitants. Concevoir de l’habitat, c’est aussi tenir compte des facteurs socioculturels des usagers. L’habitat a retrouvé toutes ses dimensions socioculturelles avec l’apparition de l’habiter dans les discours et les approches des sociologues, des chercheurs, des philosophes… Henri Lefebvre, Christian Norberg-Schulz, Gaston Bachelard, Heiddeger pour ne citer que ceux la, apportèrent une autre dimension à l’habitat en rappelant la valeur considérable de l’habiter. Quelques définitions de ces auteurs permettront de mieux nous éclairer sur ce concept. Pour Henry Lefefvre « l’habiter c’est participer à une vie sociale, à une communauté, village ou ville…Le grand ensemble réalise le concept de l’habitat…en excluant l’habiter : la plasticité de l’espace, le modelage de cet espace, l’appropriation par les groupes et individus de leurs conditions d’existence. C’est aussi la quotidienneté complète qui s’inscrit et se signifie dans cet habitat » [3]. Pour Christian Norberg-Schulz « Habiter quelque part implique qu’un rapport significatif s’établit entre un être humain et un milieu donné …Ce rapport consiste en un acte d’identification, c’est-à-dire à reconnaître son appartenance à un certain milieu. Par cet acte l’habitant s’approprie d’un monde ; son installation correspond à la découverte de lui-même et à la définition de son être – dans – le - monde… En choisissant le lieu qui est le sien, il (l’habitant) choisit aussi une forme particulière d’association avec d’autres hommes. La dialectique du parcours et du but, du départ et de l’arrivée constitue l’essence de cette ’spatialité’ existentielle que met en œuvre l’architecture » [4]. Pour l’auteur de cette citation, l’habiter est synonyme de prise existentielle. L’habiter est alors ce rapport fondamental au monde, à l’autre, à soi-même. Quant à Gaston Bachelard, il lui attribue une dimension poétique. « J’habite et je suis… Etre veut dire être sur terre comme mortel, c’est-à-dire habiter … habiter est la manière dont les mortels sont sur terre… » [5]. Ainsi parla de l’habiter, le philosophe Heidegger, un des fondateurs de la philosophie existentialiste. Oui, l’être veut dire être sur terre comme mortel, c’est-à-dire habiter, mais l’être humain n’est pas un robot. Il ne peut s’extrapoler de sa nation, de sa géographie, de son histoire, de sa culture. Un Algérien, par exemple, habite différemment d’un Chinois, d’un Américain ou d’un Japonais. C’est connu. Et la réciproque est également vraie. En limitant la ville à quatre notions urbaines (habiter, travailler, se récréer et circuler), les tenants de l’approche fonctionnaliste ont réduit l’habiter à une simple fonction. Cette constatation, Daniel Pinson l’a indiquée dans son ouvrage Usage et Architecture : « Le Mouvement Moderne, dit-il, prétend produire une esthétique généralisable, assise sur la recherche d’une vérité universelle, qui va trouver dans la fonction, expression technico-sociale de l’usage, l’un de ses arguments essentiels et dans le logement de masse l’un de ses terrains d’application privilégiés » [6] . L’habiter relève donc d’une manière d’être, une manière de faire et de vivre. C’est une manière d’inventer et de cerner l’espace quotidien. Comment l’habitant vit, comment il habite, cela relève d’une expérience de vie. Le rapport de l’habitant à son milieu, à ses espaces, à ses objets, les transformations qu’il apporte à un cadre bâti sont des manifestations de sa pratique. L’habiter est alors une pratique de l’espace au quotidien et par extension une gestion collective d’un territoire. La réflexion qui se dégage autour du concept de l’habiter (surtout au début des années 60) engagea la voie d’une autre approche de l’habitat. L’habitat n’est plus considéré comme un produit. La réflexion est alors engagée autour d’une culture de l’habitat qui tient compte des modèles culturels et qui acceptent les différenciations. Enfin, l’habitat doit également favoriser des espaces qui permettent de développer la rencontre, l’échange et le "mieux vivre ensemble".
La dimension technique
La boucle verte ne peut se défaire de la dimension technique mise en place. Les techniques que nous préconisons traduisent le concept de développement durable en terme d’action et de consignes. Elles favorisent les techniques douces et appropriées. Les techniques douces et appropriées restent, pour nous, les techniques qui utilisent les sources d’énergie renouvelables (inépuisables) et qui ne créent pas de pollution. Mais il est tout à fait clair que les techniques douces et appropriées, à elles seules, ne peuvent résoudre tous les problèmes de l’habitat. Il est donc préférable d’associer des techniques douces et non douces pour développer l’habitat à condition que ces dernières ne fassent pas mal à la nature, à l’environnement et aux utilisateurs. Les techniques non douces font appel à des filières intégrées (non fermées), des filières éclatées et des systèmes ouverts développés par des entreprises performantes. Elles font appel également aux choix de l’enveloppe et des matériaux sains et écologiques peu consommateurs d’énergie. Dans cette perspective, les techniques non douces restent les techniques efficaces et pragmatiques qui s’éloignent des pratiques routinières qui ont un impact négatif aussi bien sur la santé de l’homme que sur l’environnement. Pour cela, des savoir-faire sont nécessaires. L’évolution de la production de l’habitat dans les pays développés s’est d’abord effectuée dans la filière intégrée puis vers l’évolution de la filière éclatée. Or, aujourd’hui, dans les pays en voie de développement (exemple l’Algérie) la technique répandue dans le domaine de la construction est la filière intégrée, inefficace d’ailleurs car elle reste amputée du coffrage "tables et banches" (en acier). Dans son ouvrage Sid Boubekeur [7] souligne que dans la filière intégrée les opérations de production de béton et de sa mise en forme se déroulent sur le site de construction. Dans la filière éclatée, une partie des activités s’effectue dans une unité de préfabrication, les sous-ensembles produits étant ensuite transportés puis assemblés sur le site. Dans la filière intégrée, le procédé central est le coffrage : le coffrage traditionnel (bois ou métallique) et le coffrage-tunnel composé de tables et de banches. Le coffrage traditionnel est utilisé pour des opérations pouvant atteindre 300 logements. Le coffrage-tunnel est employé pour des programmes plus importants 300 à 1000 logements. Dans la filière éclatée, la filière se distingue par un véritable éclatement du processus de production en plusieurs stades et séquences productifs spécialisés : préfabrication des sous-ensembles, transport et enfin montage sur le site. En Algérie, par exemple, les unités de préfabrication n’existent plus. La totalité des éléments nécessaires à la construction se font, sur le site, à l’aide du coffrage traditionnel en bois ou métallique. C’est le retour à la filière intégrée mais amputée du coffrage "tables et banches" en acier qui permettaient d’obtenir simultanément les éléments de structure d’un bâtiment. La filière intégrée telle qu’elle est pratiquée, aujourd’hui, reste un système fermé. Elle a banalisé le plan du logement. Le schéma du plan a glissé vers une terminologie jour / nuit avec un groupement des points d’eau et un dégagement réduit au minimum pour une économie recherchée. Ce modèle de logement n’est plus conforme aux pratiques des habitants. Le schéma bipartite est devenu un modèle à suivre qu’on retrouve dans tous les dessins des bureaux d’étude. La partie jour comprend le séjour et la cuisine. La partie nuit comporte les chambres à coucher. Le bloc technique compact intègre les gaines, les toilettes et la salle de bains et il est, dans la plupart des cas, rattaché à la cuisine. La production de l’habitat peut varier techniquement si nous diversifions les filières de construction et si nous optons pour des systèmes ouverts. Or les filières et les systèmes dépendent beaucoup plus des stratégies des entreprises. Il est évident qu’une entreprise performante produit mieux qu’une entreprise non compétitive. D’ailleurs, l’entreprise performante intègre dans ses travaux la recherche pour créer, innover, sécuriser ses produits et services et respecter mieux l’environnement..../...
Une démarche écologique pour produire de l’habitat : la boucle verte
Par Messaoud Abbaoui , Abderezak Djemili
Publié le mercredi 8 octobre 2008. Dernière modification le mardi 7 octobre 2008.
Dans la ville moderne le visage de l’habitat est celui des barres allongées, des tours et des cités anonymes. L’habitat est alors un tissu étendu envahissant les champs de blé. En voulant résorber la crise de logement, certaines politiques d’habitat, en se basant sur des démarches fonctionnelles, ont permis la création des cités-dortoirs avec des problèmes au quotidien. Aujourd’hui plus que jamais, d’autres démarches sont nécessaires pour éviter la dégradation de notre habitat, de notre cadre de vie et de travail. Une des démarches auxquelles nous pensons est la démarche écologique qualifiée de boucle verte qui fait appel aux dimensions politique, économique, socioculturelle, technique, environnementale et participative.
Mots clés : habitat, boucle verte, dimensions politique, économique, socioculturelle, technique, environnementale et participative.
Abstract
In the modern city the face of the habitat is that of lengthened bars, high buildings and anonymous cities. The habitat is then a wide fabric invading corn fields. While wanting to reabsorb the crisis of housing, certain policies of habitat allowed the creation of dormitory towns with daily problems. Today more than ever, other steps are necessary to avoid the degradation of our habitat, of our framework of life and work. One of the steps of which we think is the ecological step qualified of green loop which calls upon political, economic, socio-cultural, technical, environmental and participative dimensions.
Keywords : habitat, green loop, political, economic, socio-cultural, technical, environmental and participative dimensions.
Introduction
La dégradation de notre habitat nous oblige, aujourd’hui, à s’orienter vers d’autres démarches. Une des démarches que nous préconisons est la démarche écologique. Cette dernière nous la voulons locale et globale. Elle est locale car elle se ressource de valeurs culturelles et locales sans nier les techniques constructives innovantes. Elle est globale au sens de systémique, c’est-à-dire qu’elle prend en compte toutes les relations existant entre les éléments d’un système qu’il s’agisse d’une ville, d’un quartier, d’un territoire ou de tout l’environnement. Ce sont les interactions entre ces différentes éléments qui permettent de comprendre le fonctionnement d’un système afin d’agir sur lui. La démarche écologique nous la voulons, également, une démarche transversale et non sectorielle. Une démarche écologique mesure ses implications non pas dans un seul domaine mais dans plusieurs. Produire de l’habitat revient donc à ne pas évaluer celui-ci simplement dans son secteur et se contenter du nombre de logements qui ont été construits mais l’évaluer également par rapport à d’autres secteurs et domaines tels que : l’environnement, le développement social, la vie locale, la mixité, le travail, la participation … La démarche écologique que nous proposons est donc synthétisée en une boucle verte qui fait appel aux dimensions politique, économique, socioculturelle, technique, environnementale et participative.
La dimension politique
La boucle verte ne saurait se soustraire de la dimension politique qui met en exergue la stratégie du développement durable. Cette dernière intègre les trois piliers durables : l’écologie, l’économie et le social. La notion du développement durable reste un projet de société qui doit être porté politiquement. Son application exige, comme l’affirme Dominique Gauzin-Müller, le respect des grands principes du droit environnemental : précaution, prévention, correction à la source, pollueur-payeur, emploi des meilleurs techniques disponibles… [1]. En matière d’habitat, il est nécessaire d’endiguer les désordres urbanistiques et architecturaux. Il faut engager sans tarder les mesures pratiques et les innovations nécessaires pour mettre fin à l’indigence architecturale du cadre bâti. Comme il est également nécessaire de développer des techniques douces de construction, de développer des programmes de formations pointues aux métiers du bâtiment et de l’environnement en tant que perspectives qui peuvent fortement valoriser le secteur de l’habitat, de se rapprocher davantage de la nature et de l’environnement afin d’améliorer substantiellement la qualité architecturale.
La dimension économique
La boucle verte n’est pas focalisée sur la restriction de surfaces de l’habitat et des coûts réduits qui dénaturent complètement l’environnement. La production l’habitat de masse est une économie qui coûte chère et n’arrange personne. La dimension économique nous la situons à un autre niveau. Nous la situons par rapport aux formes de morphologies urbaines basées sur des objectifs de densification contrôlée et permettant une occupation rationnelle du sol dans le respect du développement durable. Nous pensons que l’habitat écologique répond bien à ce critère. L’argument écologique reste essentiel. Il est, aujourd’hui comme le souligne Fouchier, à l’origine d’un retour de la densification dans les politiques d’aménagement des territoires [2]. La valorisation des leviers d’action en matière d’emplois, d’aide et de concertation avec les entreprises performantes est nécessaire. Les municipalités doivent renforcer l’emploi et faire appel à des entreprises plus soucieuses de l’environnement.
La dimension socioculturelle
On ne peut continuer à construire éternellement de l’habitat collectif type "boîtes allumettes". D’ailleurs ce type d’habitat ne répond ni aux aspirations ni aux désirs des habitants. Concevoir de l’habitat, c’est aussi tenir compte des facteurs socioculturels des usagers. L’habitat a retrouvé toutes ses dimensions socioculturelles avec l’apparition de l’habiter dans les discours et les approches des sociologues, des chercheurs, des philosophes… Henri Lefebvre, Christian Norberg-Schulz, Gaston Bachelard, Heiddeger pour ne citer que ceux la, apportèrent une autre dimension à l’habitat en rappelant la valeur considérable de l’habiter. Quelques définitions de ces auteurs permettront de mieux nous éclairer sur ce concept. Pour Henry Lefefvre « l’habiter c’est participer à une vie sociale, à une communauté, village ou ville…Le grand ensemble réalise le concept de l’habitat…en excluant l’habiter : la plasticité de l’espace, le modelage de cet espace, l’appropriation par les groupes et individus de leurs conditions d’existence. C’est aussi la quotidienneté complète qui s’inscrit et se signifie dans cet habitat » [3]. Pour Christian Norberg-Schulz « Habiter quelque part implique qu’un rapport significatif s’établit entre un être humain et un milieu donné …Ce rapport consiste en un acte d’identification, c’est-à-dire à reconnaître son appartenance à un certain milieu. Par cet acte l’habitant s’approprie d’un monde ; son installation correspond à la découverte de lui-même et à la définition de son être – dans – le - monde… En choisissant le lieu qui est le sien, il (l’habitant) choisit aussi une forme particulière d’association avec d’autres hommes. La dialectique du parcours et du but, du départ et de l’arrivée constitue l’essence de cette ’spatialité’ existentielle que met en œuvre l’architecture » [4]. Pour l’auteur de cette citation, l’habiter est synonyme de prise existentielle. L’habiter est alors ce rapport fondamental au monde, à l’autre, à soi-même. Quant à Gaston Bachelard, il lui attribue une dimension poétique. « J’habite et je suis… Etre veut dire être sur terre comme mortel, c’est-à-dire habiter … habiter est la manière dont les mortels sont sur terre… » [5]. Ainsi parla de l’habiter, le philosophe Heidegger, un des fondateurs de la philosophie existentialiste. Oui, l’être veut dire être sur terre comme mortel, c’est-à-dire habiter, mais l’être humain n’est pas un robot. Il ne peut s’extrapoler de sa nation, de sa géographie, de son histoire, de sa culture. Un Algérien, par exemple, habite différemment d’un Chinois, d’un Américain ou d’un Japonais. C’est connu. Et la réciproque est également vraie. En limitant la ville à quatre notions urbaines (habiter, travailler, se récréer et circuler), les tenants de l’approche fonctionnaliste ont réduit l’habiter à une simple fonction. Cette constatation, Daniel Pinson l’a indiquée dans son ouvrage Usage et Architecture : « Le Mouvement Moderne, dit-il, prétend produire une esthétique généralisable, assise sur la recherche d’une vérité universelle, qui va trouver dans la fonction, expression technico-sociale de l’usage, l’un de ses arguments essentiels et dans le logement de masse l’un de ses terrains d’application privilégiés » [6] . L’habiter relève donc d’une manière d’être, une manière de faire et de vivre. C’est une manière d’inventer et de cerner l’espace quotidien. Comment l’habitant vit, comment il habite, cela relève d’une expérience de vie. Le rapport de l’habitant à son milieu, à ses espaces, à ses objets, les transformations qu’il apporte à un cadre bâti sont des manifestations de sa pratique. L’habiter est alors une pratique de l’espace au quotidien et par extension une gestion collective d’un territoire. La réflexion qui se dégage autour du concept de l’habiter (surtout au début des années 60) engagea la voie d’une autre approche de l’habitat. L’habitat n’est plus considéré comme un produit. La réflexion est alors engagée autour d’une culture de l’habitat qui tient compte des modèles culturels et qui acceptent les différenciations. Enfin, l’habitat doit également favoriser des espaces qui permettent de développer la rencontre, l’échange et le "mieux vivre ensemble".
La dimension technique
La boucle verte ne peut se défaire de la dimension technique mise en place. Les techniques que nous préconisons traduisent le concept de développement durable en terme d’action et de consignes. Elles favorisent les techniques douces et appropriées. Les techniques douces et appropriées restent, pour nous, les techniques qui utilisent les sources d’énergie renouvelables (inépuisables) et qui ne créent pas de pollution. Mais il est tout à fait clair que les techniques douces et appropriées, à elles seules, ne peuvent résoudre tous les problèmes de l’habitat. Il est donc préférable d’associer des techniques douces et non douces pour développer l’habitat à condition que ces dernières ne fassent pas mal à la nature, à l’environnement et aux utilisateurs. Les techniques non douces font appel à des filières intégrées (non fermées), des filières éclatées et des systèmes ouverts développés par des entreprises performantes. Elles font appel également aux choix de l’enveloppe et des matériaux sains et écologiques peu consommateurs d’énergie. Dans cette perspective, les techniques non douces restent les techniques efficaces et pragmatiques qui s’éloignent des pratiques routinières qui ont un impact négatif aussi bien sur la santé de l’homme que sur l’environnement. Pour cela, des savoir-faire sont nécessaires. L’évolution de la production de l’habitat dans les pays développés s’est d’abord effectuée dans la filière intégrée puis vers l’évolution de la filière éclatée. Or, aujourd’hui, dans les pays en voie de développement (exemple l’Algérie) la technique répandue dans le domaine de la construction est la filière intégrée, inefficace d’ailleurs car elle reste amputée du coffrage "tables et banches" (en acier). Dans son ouvrage Sid Boubekeur [7] souligne que dans la filière intégrée les opérations de production de béton et de sa mise en forme se déroulent sur le site de construction. Dans la filière éclatée, une partie des activités s’effectue dans une unité de préfabrication, les sous-ensembles produits étant ensuite transportés puis assemblés sur le site. Dans la filière intégrée, le procédé central est le coffrage : le coffrage traditionnel (bois ou métallique) et le coffrage-tunnel composé de tables et de banches. Le coffrage traditionnel est utilisé pour des opérations pouvant atteindre 300 logements. Le coffrage-tunnel est employé pour des programmes plus importants 300 à 1000 logements. Dans la filière éclatée, la filière se distingue par un véritable éclatement du processus de production en plusieurs stades et séquences productifs spécialisés : préfabrication des sous-ensembles, transport et enfin montage sur le site. En Algérie, par exemple, les unités de préfabrication n’existent plus. La totalité des éléments nécessaires à la construction se font, sur le site, à l’aide du coffrage traditionnel en bois ou métallique. C’est le retour à la filière intégrée mais amputée du coffrage "tables et banches" en acier qui permettaient d’obtenir simultanément les éléments de structure d’un bâtiment. La filière intégrée telle qu’elle est pratiquée, aujourd’hui, reste un système fermé. Elle a banalisé le plan du logement. Le schéma du plan a glissé vers une terminologie jour / nuit avec un groupement des points d’eau et un dégagement réduit au minimum pour une économie recherchée. Ce modèle de logement n’est plus conforme aux pratiques des habitants. Le schéma bipartite est devenu un modèle à suivre qu’on retrouve dans tous les dessins des bureaux d’étude. La partie jour comprend le séjour et la cuisine. La partie nuit comporte les chambres à coucher. Le bloc technique compact intègre les gaines, les toilettes et la salle de bains et il est, dans la plupart des cas, rattaché à la cuisine. La production de l’habitat peut varier techniquement si nous diversifions les filières de construction et si nous optons pour des systèmes ouverts. Or les filières et les systèmes dépendent beaucoup plus des stratégies des entreprises. Il est évident qu’une entreprise performante produit mieux qu’une entreprise non compétitive. D’ailleurs, l’entreprise performante intègre dans ses travaux la recherche pour créer, innover, sécuriser ses produits et services et respecter mieux l’environnement..../...