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ãÔÇåÏÉ ÇáäÓÎÉ ßÇãáÉ : l’architecte Ahmad Hamed.. Bâtisseur d’un autre monde



zakaria
03-15-2009, 10:18 PM
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Disciple de Hassan Fathi, l’architecte Ahmad Hamed ne cesse de lutter contre les stéréotypes du modernisme occidental. Respectueux de sa culture, ses créations répondent aux préoccupations sociales de l’Homme.

« Je suis pour le modernisme tout en respectant la culture régionale. Toutefois, je n’ai aucune préférence pour l’Orient ou l’Occident. J’opte plutôt pour l’esprit universel abstrait. Pour que celui-ci prenne une forme concrète, il subira sans doute l’impact de ma culture, de mes gènes, de mon patrimoine ». C’est ainsi que l’architecte Ahmad Hamed, 49 ans, résume sa philosophie. Cet homme n’a rien de commun. Accéder à sa demeure d’Héliopolis est une mission ardue. Son immeuble est situé dans un quartier résidentiel très ancien. Il faut grimper plus de 200 marches d’escalier pour rencontrer l’architecte qui se présente en tenue décontractée : jean et pull-over. Il s’exprime uniquement en arabe classique, bien que maîtrisant parfaitement le français et l’anglais. Des canapés confortables, de style américain, meublent une grande salle de réception où il reçoit ses invités. Au milieu de cette pièce trône un bahut de style arabesque. « Le style français est très prétentieux, il me dérange. Les meubles Louis XV et Louis XVI qui envahissent les foyers égyptiens m’étouffent. Ils emplissent les maisons comme si ces habitants prétendaient être des Napoléon. C’est une attitude bourgeoise que je déteste ». Et d’ajouter : « Je ne suis pas Napoléon et je ne veux pas l’être. Le confort de l’individu dans l’univers qui l’entoure ne se résume pas aux apparences ».

Dans son bureau, il se réfugie comme pour fuir le train-train quotidien. Il plonge alors dans son univers personnel, composé de plus de 10 000 ouvrages sur l’architecture, la philosophie, l’histoire, le soufisme et l’astrologie. Une bibliothèque bien garnie qui lui est indispensable. Son bureau ressemble à une salle d’exposition, les murs qui le composent sont recouverts de plans architecturaux et de tableaux calligraphiques. « J’ai hérité de mon père l’esprit mathématique, mais la touche artistique je l’ai eue de ma mère. Femme au foyer, elle était très minutieuse. Grâce à elle, j’ai pu ressentir l’importance des espaces vides. Si j’avais suivi les traces de mon père médecin, j’aurais été le septième médecin de la famille. Mon grand-père a fait partie des étudiants boursiers envoyés par Mohamad Ali à Paris afin d’étudier la médecine », raconte-t-il. A l’âge de six ans, il avait déjà une excellente mémoire visuelle et parvenait facilement à distinguer les différentes marques de voitures. « La mémoire visuelle est très importante pour un architecte qui a besoin d’un œil critique, pour éliminer tout ce qui fait de l’ombre à l’harmonie », dit-il, comparant souvent son idéologie professionnelle sur le modernisme au reste de sa vie. Ses yeux pétillent d’enthousiasme lorsqu’il dévoile sa pensée. Puis, brusquement, le sourire dessiné sur les lèvres laisse place à une expression du visage plus rebelle. L’homme veut bouleverser les stéréotypes sur le modernisme. « Je ne suis pas tout à fait d’accord avec le philosophe français René La Tour qui a écrit dans l’un de ses ouvrages que nous n’avons jamais atteint le modernisme tant espéré depuis le XIXe siècle. C’est-à-dire que ses objectifs nobles n’ont jamais abouti. A savoir : établir l’égalité sociale, mettre fin à la colonisation ou instaurer la paix. Il pense que la colonisation existe bel et bien, qu’elle a juste changé de peau, le fossé entre les riches et les pauvres ne cesse de s’élargir et que la guerre continue ».

Hamed pense que le problème réside ailleurs. Pour lui, le modernisme a bien eu lieu, mais l’Occident s’obstine à ignorer la présence de l’Orient. Ceci dit, les sciences physiques ne sont pas en harmonie avec les sciences humaines. En fait, d’après lui, les anciennes civilisations égyptienne et grecque ont été fondées sur sept sciences : le trivium (grammaire, logique, rhétorique) et le quadrivium (arithmétique, géométrie, astronomie, musique). En fonction de cette dualité : trivium et quadrivium, les Arabes ont à leur tour fondé la civilisation islamique. « Les savants de l’époque, comme le père de l’algèbre Gaber Ibn Hayan, le fameux médecin Al-Razi, Averroès ou Ibn Khaldoun » ont tous été des hommes intègres qui ont pu attribuer à l’homme une sorte d’équilibre aujourd’hui absent. « Les Allemands ont introduit dans leur dictionnaire l’expression weltanshauung (vision du monde et modernité). D’ailleurs, il ne faut pas oublier que durant sa quête du modernisme, l’Europe a eu recours à la civilisation orientale, en la filtrant. Or, durant ce processus de filtration, il y a eu omission de certains éléments qui auraient pu être d’une importance capitale pour la quête du véritable modernisme ».

Dans sa quête du modernisme, Ahmad Hamed n’a pas manqué de développer une manière de voir. « L’Homme doit toujours être mon point de mire. Lorsque je crée un espace architectural, je dois respecter les règles de la polarisation magnétique. Et ce, afin que cet espace aille de pair avec le comportement humain, qui offre aux sociétés leur dynamique ». Pour Hamed, il faut qu’un architecte prenne en considération les conditions économiques, sociales et écologiques du pays où il travaille. Le modernisme dans l’architecture ne signifie pas uniquement, selon lui, l’usage des matériaux modernes mais plutôt celui des matériaux appropriés. « Aujourd’hui, les architectes ont recours à des matériaux modernes comme l’acier inoxydable pour les façades afin de donner une impression de luxe. Sans compter le coût élevé de cette matière, qui ne fournit pas suffisamment de chaleur. D’ailleurs, elle sert essentiellement à la fabrication d’avions et de chars » . Et d’ajouter : « Un architecte a sans doute un rôle social à jouer outre son rôle esthétique et fonctionnel. Il doit créer des bâtiments qui renforcent l’esprit de coopération et de solidarité, sans manquer de fournir un sentiment de sécurité ».

L’architecte a d’autres arguments sur les problèmes actuels de la profession. Il indique par exemple que ses homologues copient aveuglément l’architecture occidentale, comme si elle était l’exemple à suivre du modernisme. « La raison est claire : on dédaigne notre culture et on juge d’un mauvais œil notre histoire architecturale, malgré sa richesse. Or, les anciennes maisons de style islamique sont très riches artistiquement ».

Ce n’est en effet qu’en rencontrant l’un des maîtres incontestés de l’architecture égyptienne, Hassan Fathi, qu’il commence à élaborer sa propre conception du modernisme. « Lorsque j’ai présenté mon projet de fin d’études, j’ai été choqué par l’esprit de mes professeurs qui voyaient en l’architecture occidentale l’unique modèle du modernisme. Je sentais que j’étais en train de me battre contre un ennemi invisible : le stéréotype ». Peu de temps après, il rencontre un grand nom : Hassan bey, comme le surnomment ses disciples. « J’ai rencontré Hassan Fathi suite à une interview qu’il a accordée à la télévision, où il déplorait le fait que les jeunes ont du mal à trouver un exemple à suivre. C’est alors que j’ai décidé de le prendre comme maître ».

Durant huit années, Hamed n’a jamais quitté Hassan bey Fathi. Il tenait absolument à profiter de son art et de son expérience. Il séjournait dans la maison de son maître, située dans le quartier populaire de la Citadelle (Al-Qalaa). Il restait nuit et jour à ses côtés pour apprendre les secrets du métier. Avec lui, il a participé à de nombreux projets, dont celui de la construction d’une maison pour Anouar Al-Sadate, en Nubie. Elle a marqué le début de la révolution agricole. Les meilleurs moments de sa vie, dans sa villa sur la Côte-Nord ou dans son bureau cairote, ne peuvent égaler ses années de jeunesse passées auprès de Hassan Fathi. « Je ne trouvais aucun problème à faire les courses de Hassan bey. C’était pour moi un véritable honneur de rendre service à cet homme innovateur. En fait, les médias ont été injustes à son égard, en considérant son architecture comme un symbole de l’identité arabe. Car ses œuvres avaient des objectifs beaucoup plus profonds. C’était véritable moderniste qui a pu résoudre une équation difficile : fonctionnalité des lieux, beauté des œuvres et moyens réduits pour leur construction », précise Hamed qui a dû arrêter un stage d’études aux Etats-Unis pour rester auprès de Hassan Fathi. « Je me suis posé la question : quel profit vais-je tirer de mon expérience dans ces universités américaines ? Est-ce comparable à ce que peut m’apporter ce grand homme ? ».

Les souvenirs affluent. Il se rappelle le jour où il a confié à son maître qu’il avait une petite amie. Hassan Fathi lui a alors prédit qu’il allait se marier plus tard avec une architecte et qu’ils allaient venir s’installer pour un moment chez lui. Signe du destin ? La prophétie du maître s’est concrétisée. Ahmad Hamed s’est marié plus tard avec une femme architecte et styliste, professeure à l’Université américaine.

La notion de modernisme a donc toujours régi sa vie, même sur le plan personnel. « J’ai toujours eu envie d’avoir une famille nombreuse. Je ne sais pas pourquoi on considère que le prototype de la famille moderne se limite à deux enfants ! ». Lui, il se détache de ces idées, fier de sa famille de cinq enfants, ayant tous des prénoms arabes : Montasser, Charafeddine, Abdel-Halim, Charifa et Zeinab. « Je ne cesse de répéter à mes étudiants à l’Université américaine qu’il faut adopter une nouvelle conception du modernisme, qui assure un équilibre entre ce qui est fonctionnel et le côté humain des choses. Et cela sans négliger notre authenticité ». Ainsi, les travaux effectués par son cabinet d’architecture respectent cette règle d’or. « Je trouve qu’il est de mon devoir de tenir compte des budgets de mes clients. Nous sommes un peuple pauvre, donc je dois essayer de réduire les frais de construction, en utilisant des matériaux économiques. C’est ainsi que je me sens moderne ».

Les grandes entités qui écrasent les plus petites, la laideur qui envahit la rue égyptienne sont pour lui des défis d’avenir. Il développe en effet un grand nombre de théories sur ces phénomènes. A titre d’exemple, il précise que la laideur architecturale pourrait être à l’origine de la montée de l’intégrisme. Il explique alors : « Lors d’une récente conférence, j’ai expliqué une théorie selon laquelle l’espace entre, d’une part les trottoirs et les bâtiments et, d’autre part, celui séparant les bâtiments entre eux pouvait influencer les relations humaines ».

L’homme en quête de modernisme reste rêveur. Son esprit de combattant ne fléchit guère. « Il faut prendre exemple sur Bauhaus, une des plus grandes écoles d’architecture. Elle est née en Allemagne, au lendemain de la première guerre mondiale, grâce à des efforts du peuple. Il ne faut pas attendre l’aide des gouvernements pour former les jeunes talents ».

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Dina Darwich

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